L'artiste Peter Lema lors d'une marche de représentation théâtrale qui dénonce le Code Noir.

Samedi 6 octobre 2012
16h-20h – Salle de Conférence de la Manufacture – 10 Bd Stalingrad – Nantes

Contribution du
M.I.R. – Mouvement International pour les Réparations
RÉSISTANCES FRANÇAISES ET AFRICAINES AU CODE NOIR
Martin OKEKE, Président du MIR-France

Le mémorial de Nantes est une oeuvre européenne magnifique parce qu’elle inscrit dans
l’architecture de la ville, la volonté de reprise du pouvoir par les défenseurs des droits humains.
IL FAUT DIRE,
1 ) que la traite [qui ne fut jamais un commerce « ordinaire »] et l’esclavage transatlantique ont
été de bout en bout illégaux, tant en droit international qu’en droit français,
2 ) qu’en France l’esclavage a été clairement aboli par un édit royal de 1315, selon lequel toute
personne qui touche le sol du royaume est libre,
3 ) et que pendant toutes la durée de la traite et de l’esclavage transatlantique il y a eu en France
un affrontement entre les légalistes, c’est-à-dire les abolitionnistes, et le lobby colonial.
Ce que nous MIR, souhaitons, c’est que cet affrontement, ce face-à-face, soit mis en visibilité
dans le mémorial :
D’UN COTE, les promoteurs du mercantilisme esclavagiste, qui à partir de 1685 sont les fondateurs
et défenseurs des diverses versions du code de police appelé Code Noir,
ET DE L’AUTRE, ceux qui s’opposent à une réinstauration de l’esclavage, et qui EN FRANCE ne sont
pas des forces marginales : NOUS DISTINGUONS TROIS TYPES DE RÉSISTANTS :

  • d’une part les magistrats : sur la douzaine de parlements que compte le royaume de France, le
    Parlement de Paris, qui est le plus important, et le Parlement de Toulouse résisteront sans
    jamais faiblir à la corruption par le lobby colonial ; jamais ils n’enregistreront le Code Noir ;
    Mouvement International pour les Réparations – 6 octobre 2012, Nantes, France 2
  • d’autre part, les esclaves : il s’agit de ceux qui vont aller chercher justice auprès de ces
    parlements en intentant des procès contre leurs maîtres ; certains se sont embarqués
    clandestinement sur des navires en provenance des colonies, d’autres se sont échappés de
    chez leur maitres qu’ils ont accompagnés lors de leur séjour en France ; ils demandent
    généralement en plus de leur liberté qui est un droit naturel, les gages qui ne leur ont jamais
    été payés pour le travail qu’ils ont fourni ; et plusieurs parlements leur accordent l’un et l’autre
    et condamnent les maitres à payer ;
  • enfin, les militants de toutes origines, qu’ils s’agissent de ceux qui, notamment à partir de
    1788, dans les allées du pouvoir, plaident pour l’abolition, ou qu’il s’agisse des simples
    citoyens, éloignés du pouvoir, qui, dans les Cahiers de Doléances vont demander l’abolition.
    Il y a eu, en France comme partout, un affrontement qui a duré des siècles, entre puissances
    d’argent et humanistes, et il nous semble que ce mémorial aura un impact encore plus grand sur le
    présent et sur l’avenir, lorsqu’il parviendra a transmettre cette réalité aux jeunes générations.
    Car, hier comme aujourd’hui, chacun a le pouvoir de déterminer le sens qu’il donne à sa vie, et le
    mémorial peut être une source d’inspiration.
    Lorsque le mémorial parviendra à s’enrichir de cette histoire, des héros oubliés, ou
    volontairement ensevelis, surgiront qui parviendront à se voir reconnue la place qu’ils méritent
    dans la mémoire collective. Ainsi, nos enfants ne fréquenteront plus seulement des lycées
    Colbert, du nom du concepteur du Code Noir, mais aussi des lycées perpétuant le nom de tout
    ceux qui durant des siècles ont résisté aux pressions du lobby colonial et aux puissances d’argent
    pour, dans les parlements, faire appliquer la loi ; c’est à dire le droit naturel de tout être humain à
    la liberté.
    De même nos enfants ne fréquenteront plus seulement des lycées Fénelon, du nom du Marquis de
    Fénelon, gouverneur de la Martinique qui en 1764 martelait l’impératif de « mener les nègres
    comme des bêtes et les laisser dans l’ignorance la plus complète », mais fréquenteront aussi des
    établissements portant le nom de ceux, noirs et blancs, qui bravant les règlements injustes de
    l’époque, courraient le risque d’apprendre à lire à des personnes détenues en esclavage.
    Ces injustices-là, le mémorial de Nantes a le pouvoir de contribuer à les réparer.

Cercle du Marronnage / MIR REPARATION / COLLECTIF 10 MAI NANTES 2006-2016 / COALITION 2011