• Tél: (+33)609 429 359
15-21 octobre, 1945
15-21 octobre, 1945

AGENDA MILITANT 1945-1960 DECOLONISATION ET REPARATION

La décision d’engager le combat pour une décolonisation totale est formellement adoptée lors du CONGRES PANAFRICAIN DE MANCHESTER en 1945. Les États noirs indépendants dans le monde sont à ce moment-là: dans la diaspora, (1) Haïti, sur le continent, (2) l’Ethiopie et (3) le Liberia. En 1952, UM NYOBÈ leader de l’UPC [Union des Populations du Cameroun. Le Cameroun est une ex colonie allemande dont la gestion a été confiée par la Société des Nations à deux des vainqueurs de l’Allemagne dans le conflit de 1914-1918, l’Angleterre et la France] prononce un discours qui ne permet plus que subsiste le moindre doute quant à la dynamique de libération enclenchée :
[Ruben Um NYOBÈ, 17.12.1952] « L'UPC [Union des Populations du Cameroun] a demandé à intervenir sur trois questions; la réunification immédiate du Cameroun; la constitution d'un conseil de gouvernement et d'une assemblée avec des pouvoirs législatifs; et enfin, la fixation d'un délai pour l'octroi de l'indépendance au peuple camerounais. Telles sont, M. le Président, les questions sur lesquelles le peuple de mon pays m'a mandaté pour venir ici." Et à partir de la fin des années cinquante, le processus de reconquête victorieuse de souveraineté est en marche (1957 indépendance du Ghana, 1958 de la Guinée etc.) et les militants peuvent alors placer fermement à l’agenda le sujet récurrent des réparations dues aux victimes et à leurs ayants-droit. Au tournant des indépendances, dans son livre "LES DAMNÉS DE LA TERRE, De la violence" publié par François Maspero, Frantz Fanon s’exprime sur la question on ne peut plus clairement :
[Frantz Fanon, 1961] « Il faut des capitaux (...). Il y a peu de temps, le nazisme a transformé la totalité de l’Europe en véritable colonie. Les gouvernements des différentes nations européennes ont exigé des réparations et demandé la restitution en argent et en nature des richesses qui leur avaient été volées (...). Dans la bouche des Européens au lendemain de 1945 une seule phrase : « l’Allemagne paiera ». De son côté, M. ADENAUER a renouvelé l’engagement de son pays à continuer de payer à l’Etat d’Israël les sommes énormes qui doivent servir de compensation aux crimes nazis.
Pareillement nous disons que les Etats impérialistes commettraient une grave erreur et une injustice inqualifiable s’ils se contentaient de retirer de notre sol les cohortes militaires, les services administratifs et d’intendance dont c’était la fonction de découvrir des richesses, de les extraire et de les expédier vers les métropoles.

3 octobre, 1984 (Harlem)
3 octobre, 1984 (Harlem)

1984-1986 MOBILISATION DE THOMAS SANKARA POUR LA RECONNEXION DIASPORA-CONTINENT (Institut des Peuples Noirs, IPN)

Il s’agit avec l’IPN de 3 choses :
1. raviver la conscience historique de la spécificité des valeurs de civilisation du monde noir4, [4 Ce qui renvoie précisément à la question du paradigme, volet méthodiquement développé pendant l’évènement parallèle par deux des avocats du MIR, Claudette Duhamel et Dominique Monotuka (... qui a d’ailleurs publié plusieurs ouvrages sur cette question et sur les voies et moyens de s’extraire de la ‘névrose créole’).]2. fonder les politiques de développement sur ces valeurs,
3. faire de ces valeurs le liant entre les diverses composantes du monde noir : 1986, tenue d’un symposium international pour en définir le contenu et les modalités et mobiliser les Etats. (1986, Thomas Sankara) : « l’Institut des peuples noirs devrait être, dans la conscience des peuples noirs dispersés, un symbole réunificateur, c’est-à-dire celui de leur volonté commune à préserver leurs identités, leurs génies créateurs et leur dignité ». Thomas Sankara est assassiné le 15 octobre 1987. La réparation morale de l’indépendance ne nous aveugle pas, ne nous nourrit pas.
La richesse des pays impérialistes est aussi notre richesse. (...) Aussi n’accepterons-nous pas que l’aide aux pays sous-développés soit un programme de ‘soeurs de charité’. Cette aide doit être la consécration d’un double pris de conscience, prise de conscience par les colonisés que cela leur est dû, et par les puissances capitalistes qu’effectivement elles doivent payer.» Et encore « c’est une juste réparation qui va nous être faite ». Et aux USA, celui qu’on surnommera ‘REPARATIONS RAY’ (Raymond Jenkins) crée dans les années 1960 l’association 'Slave Labor Annuity Pay' [Rémunération Annuelle du Travail Esclave] tandis que James Forman (ancien secrétaire général du SNCC, Comité de Coordination des Étudiants Non-violents - snccdigital.org) avec son Black Manifesto adressera aux Synagogues et aux Eglises blanches une demande directe de Réparations pour leur collaboration majeure à la mise en esclavage des Noirs et leur enrichissement sur la discrimination et l’oppression en continue :
[James Forman, 1969] « Nous, peuple noir réuni à Detroit, dans le Michigan, pour la Conférence Nationale sur le Développement Économique des Noirs, sommes pleinement conscients que nous avons été forcés de nous rassembler parce que l'Amérique blanche raciste a exploité nos ressources, nos esprits, nos corps, notre travail... Nous avons contribué à construire le pays le plus industrialisé du monde. » La COALITION NATIONALE DES NOIRS POUR LES REPARATIONS EN AMERIQUE (NCOBRA –N’-Ko-BaRa) sera créée en 1987 et feu le Sénateur John Conyers (relayé par Sheila Jackson Lee) introduira chaque année à partir de 1989 une proposition de loi pour l’examen des modalités d’acquittement des réparations dues aux Africain-Américains.
Quant à la centralité du changement de paradigme qui constitue le coeur battant des réparations les QUILOMBOLAS du Brésil (notamment), à force de ténacité, sauront la faire briller au grand jour en commençant à l’aube de ce millénaire, d’arracher un à un, des gouvernants brésiliens, leurs titres fonciers collectifs.

Shopping Basket